Ulysse et Nausicaa

Nous allons l’appeler Ulysse mais c’est Ulysse à la parole ailée. Et notre Ulysse est beau, diablement beau même ! Une épaisse chevelure blonde dévale en boucles drues de marée montante sur un front large et puissant. Il émane de son regard de fauve comme une chaude lumière de soleil levant. On dirait de l’or liquide qu’un emportement soudain peut d’ailleurs strier de vert mais ça, c’est une autre histoire !

On ne peut s’empêcher de penser que, de Phidias à Rodin, de Praxitèle à Arno Breker, ces hommes-là ont hanté les rivages de la vieille Europe. Mais pour combien de temps encore ?

Il est donc assis, jambe droite à demi fléchie, coude légèrement appuyé sur le genou homologue, le dos droit, comme un pin des Alpes. Le dos droit comme un pin des Alpes, à qui pensez-vous, vilain garçon ? Encore heureux que je n’évoque pas ses yeux, gris-bleu comme le lac de Königsee ! Cher vieil Alphonse de Chateaubriand ! Poitrine gonflée, épaules déjetées en arrière, ce qui met en valeur la finesse de sa taille.

Et il s’absorbe dans la contemplation de l’horizon marin, le visage ombreux d’une mélancolie indicible. Hé quoi ? Un héros ? Passe encore, mais un héros malheureux ! Comment résister ? Je vous le demande.

Le voilà justement qui pousse un nostalgique et bruyant soupir. Nausicaa risque un discret regard sous ses longs cils bruns. Mais, bon sang, pourquoi les femmes tournent-elles toujours, telles des Phalènes autour de la flamme qui inexorablement leur brûlera les ailes ?

Ulysse va lui répondre par un simple sourire, mais un sourire si poignant, si pathétique, que la gorge se serre d’incontrôlable émotion et que les larmes vous montent fatalement aux yeux. C’est ! C’est ! C’est un sourire brouillé de chagrin, à faire déborder toutes les fontaines de Rome. Au cours de la conversation qui va suivre, Nausicaa va découvrir l’immense ampleur de la tragédie vécue par l’infortuné Ulysse.

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