Zamboanga mon amour !

Mars 1985, aéroport de Cagayan de Oro, en route pour Mindanao. 

BERNARD : Dis-moi ! Tu as vu ce mec ? Non pas celui-là… L’autre, là-bas, tout rouge… Il a une bobine qui ne m’inspire vraiment pas, observe-le bien : Il a un paquet sous le bras qu’il n’arrête pas de surveiller… Et si c’était une bombe ? Tu sais que le N.P.A. recrute depuis trois mois des mercenaires européens.

N.P.A. = New People Army, guérilla financée et soutenue par la Chine contre Ferdinand Marcos.

RAOUL : Mais enfin, il vient de passer sous le portique, ce mec !

BERNARD : Mais je te dis que non, bon sang, les passagers en transit pour Davao, Cotabato et Zamboanga ne sont même pas contrôlés. Ils s’en foutent complètement. Ici, c’est le groupe Abu-Sayyaf qui fait la loi.

Le terroriste rubicond du N.P.A., l’émotion, faut comprendre, manipule effectivement sa boite avec d’infinies précautions. Il est vraiment rouge comme un pouce-pied hirsute et arbore d’énormes lunettes de myope qui le font ressembler à un crapaud-buffle… Il semble soudain prendre conscience que nous le fixons avec une relative hostilité et nous adresse un sourire niais.

Aéroport de Cagayan de Oro.

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Aventures aux îles Hanish

Allongé à plat ventre sur le château arrière de notre boutre, me voici bien occupé à régler mon vaillant téléobjectif Leica de 180 mm braqué sur le port d’Assah qui se profile sur l’horizon, sur la côte éthiopienne déclarée « zone de guerre ».

Ce matin, et ce non sans un incontrôlable serrement de cœur, nous avons quitté les eaux territoriales françaises à Raz-Doumeira et salué le bouquet de palmiers-doum, plantés jadis sur le Cap-Raheita par ce grand seigneur local de la flibuste: Henry de Monfreid.

Ça y est, j’ai la grande mosquée d’Assab dans le viseur, je vais appuyer sur le déclencheur mais voici qu’un main vigoureuse m’empoigne l’épaule gauche et me secoue frénétiquement. Je me retourne furieux. C’est le septième membre de notre groupe, le visage décomposé, qui me lance affolé : « Regarde ce qui nous arrive dessus ! »

Je me redresse et aperçois sur tribord un garde-côtes à la mine patibulaire…

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Les années lointaines

Raoul à 3 ans

En dépit de l’amour profond que me portaient mes parents, j’errais au fil de l’eau, assez abandonné à moi-même je le sais bien, que voulez-vous, c’était inévitable, compte tenu des circonstances. Mais c’est ainsi qu’il me parut un jour tout à fait raisonnable d’entrer dans la voie de la «collaboration». Avais-je d’ailleurs d’autre choix en cette solitude quotidienne d’une prime jeunesse enfuie?

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Une étrange rencontre sur le Zocalo de Villa Hermosa

  • Désirez-vous un peu de champagne avec votre caviar ?

Penchée sur Bernard et Geneviève, l’hôtesse de l’air d’Aeroméxico sollicitait avec une déférence d’un autre temps l’attention des hôtes, à une époque où les transports aériens ne s’étaient pas encore démocratisés.

Axayacatl, empereur aztèque de 1469 à 1479

Le Boeing 777 venait depuis seulement quelques heures de quitter Paris-Charles-de-Gaulle et nous n’appartenions déjà plus à ce monde car nous avions la troublante impression que le pays de Moctezuma-Xocoyotzin, Le Seigneur de la Maison de l’Aurore, allait soudain nous sauter à la gorge avant de nous coucher sur le Chaac-Mool du temple d’Huitzilopochtli à Tenochtitlan, et de nous offrir une place, notre place, sur le Tzompantli sacré d’Axayacatl.

Comment ne pas ouvrir ici une parenthèse, destinée d’emblée à vous mettre dans l’ambiance du Mexique ancien ?

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Avec Bernard à Palenque

Bernard, mon vieil ami Bernard est mort ce matin en cueillant des roses dans son jardin. Cette mort est survenue de manière si soudaine qu’elle lui a évité désespoir et inutile souffrance

Cher Bernard, comment cette amitié de plus d’un demi-siècle a-t-elle pu germer, se développer et se maintenir tout au long de ces merveilleuses années ? Je crois que je le sais, moi.

C’est Alberto qui m’a fait craquer, Alberto, cet homme au destin extraordinaire avait scellé notre groupe pour la vie, jusqu’à ce jardin de roses au soleil levant, et l’ombre qui guette, sournoise derrière un massif de rhododendrons.

Le Chevalier, la Mort et le Diable / Albrecht Dürer

Bernard, Alberto et Raoul, c’était un peu Le Chevalier, la Mort et le Diable d’Albrecht Dürer, et surtout et, surtout, ne commencez pas à chercher qui est qui.

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Censure

Quand ai-je commencé à me battre contre la censure?  Je crois que c’est en terminale, au lycée « La Tour d’Auvergne » de Quimper, où un événement historique m’opposait au prof d’histoire-géo, Max Thomas.

Nous avions en ce temps-là trois profs d’histoire-géo au lycée, trois communistes bon teint.

Evidemment  l’ »histoire officielle »  enseignait à l’époque (1956) que c’était la Wehrmacht  qui avait assassiné les 15.000 officiers Polonais, en particulier dans la forêt de Katyn. Il fallait d’ailleurs l’apprendre par coeur.

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